L'imposture du
logiciel libre


a.k.a : Le logiciel libre est-il libéral ou libertaire ?

a.k.a : Le logiciel libre qui cache la forêt de l’émancipation numérique

a.k.a : Logiciel libre partout, liberté nulle part

a.k.a : JPP des gens qui prennent le logiciel libre comme une finalité en soi,
bordel de merde, on défend quoi politiquement en vrai ?


Aleks / JDLL 2026

URL des slides : link.infini.fr/imposture2026

Pourquoi cette conférence

  • Profonde exaspération des trucs centrés sur le logiciel libre, et de l’absence de formulation politique
    • Déjà dénoncé depuis au moins 8-10 ans, plutôt avec des pincettes
    • par ex. Pyg @ RMLL 2018, Peut-on faire du libre sans vision politique ?
    • et pleins d’autres
  • Titre 100% premier degré, expect spice
  • Secouer le cocotier consensuel : non, le libre c’est pas un truc qui va révolutionner la société
  • Nouvelle mouture d’une conf “beta” en octobre 2023 devant des non-technicien·nes @ Coopaname




  • Je pars du principe que vous êtes sensibilisé·e aux enjeux
  • … et que vous pensez (ou pas ?) que le libre c’est fondamentalement politique
  • Non, mon propos n’est pas de dire qu’il faut arrêter le logiciel libre, mais qu’il faut aller au-delà

À propos de moi

  • Aleks, il/lui
  • Mec blanc cisgenre hétéro ingénieur trentenaire
  • Informaticien dans une coopérative parisienne, Coopaname
  • Contrib/mainteneur du projet YunoHost (distribution Linux pour gérer facilement (dans l’idéal) des services numériques)
  • Membre de Hackstub (hackerspace @ Strasbourg) et Alsace Réseau Neutre / Sans-nuage
  • J’aime les stickers, les memes et les opossums
  • Autoradicalisé par les débats à l’A.N sur la Hadopi autour de 18 ans
  • Anciennement turbo-libriste

Les 4 libertés

  1. la liberté d'utiliser le programme, pour n'importe quel usage ;
  2. la liberté d'étudier le fonctionnement du programme ;
  3. la liberté de redistribuer des copies du programme ;
  4. la liberté d'améliorer le programme et de distribuer ces améliorations.


  • Émerge dans les années 80-90 : à l’époque, si on a un ordi, on *est* développeur·euse
  • “Hack juridique” : retourne la propriété intellectuelle contre elle-même dans l’espoir de créer un genre de “commun”
  • En pratique, formalisé dans des licences (GPL, MIT, BSD, Apache, …) adopté par les auteurices
  • Binaire : si ça respecte ces 4 libertés, c’est libre, donc c’est éthique, Bien™ (sinon → c’est propriétaire, donc c’est Mal™)
→ Mais est-ce que les gens se tournent vers le libre vraiment pour "les 4 libertés" ?

Logiciel libre : pillier de l’alternumérisme

Ce que les gens viennent chercher dans le libre L'intention politique (?)
Un alternumérisme
Une informatique qui se fout pas de leur gueule,
qui déclenche pas une mise à jour au moment d'éteindre l'ordi,
prolonger la vie d'un laptop,
gratuit, qui "redonne du contrôle", "éthique", "respectueuse"...

"Libriste", "Communs", JDLL, RMLL, CdL, FOSDEM, ...
Ce qu'on planque sous le tapis Ce que le logiciel libre *est vraiment*
Rien dans le logiciel libre
ne garantie une quelconque "éthique" ou émancipation
  • Si "tu sais pas coder", une seule liberté te concerne : "utiliser"
  • Drones américains sous Linux, contrôle social, ... ?
  • GAFAMs construits grâce au logiciel libre
  • Rien n'empêche de coder des fonctionnalités toxiques
  • Accessibilité à chier ? (cf collectif Liberté 0)
  • Auto-exploitation, dictateurs-bénévoles
  • « Si t'aimes pas, t'as qu'à contribuer ou forker »

Le logiciel libre : bon OK

Très simple à mettre en place, “low-friction”

Transparence du code

  • → tout le monde peut auditer le code → sécurité
  • → si y’a un truc malveillant, ça va finir par se voir

~Gratuité

On peut (si on a les moyens) forker pour s’affranchir d’un éditeur qui part en vrille ou met la clef sous la porte

  • → ~indépendance
  • → ~pérennité

L’open source : « libre » c’était déjà trop de politique ?

Réapropriation aseptisée par les acteurs économiques

  • aussi parce que “free” software laissait trop penser que c’est gratuit = ça incite pas trop les clients à payer
  • mais confusion source “disponibles” vs sources “ouvertes à la contribution”
  • open-washing : c’est à la mode, ça sonne comme éthique mais sans trop se mouiller


Juridiquement : pas de différence entre libre et open source

Philosophiquement : Libre = Open source + ✨ Des Valeurs ✨ (= ??? mais lesquelles ???)

Un projet sous licence AGPL qui fait la promotion d’idées catho-réactionnaire, c’est libre ou pas ?

Le modèle économique impossible ?

Logiciel libre partout, GAFAM partout



Différentes typologies
  • logiciels "grand publics" / connus
  • logiciels niches
  • système d'exploitation (distros linux)
  • briques (librairies)
  • langages de programmation
  • formats, protocoles


Les GAFAMs utilisent aussi des logiciels libres

On pourrait presque dire que leur empire
s’est construit grâce au logiciels libres …

2007 : le tournant

  • Premiers smartphones, Android développé par Google (libre/open source, basé sur Linux !)
  • Montée de Facebook, des plateformes en ligne, du “cloud”, grâce au libre/open source


émergence du capitalisme de surveillance, hégémonie des GAFAMs, ...



→ Changement des "règles du jeu" : de moins en moins de programmes tournent "sur nos machines"
Peu importe si ils sont libres ou non ? À quel point peut-on faire confiance aux tiers ...
Qui gère les services ? Qu'advient-il des données, etc ...

2014 : même Microsoft fini par faire copain


Le logiciel libre n’est plus une menace, c’est une ressource pour le capital, c’est le status quo

202x : le libre continue d’être phagocyté par les GAFAMs

  • Google, sponsor numéro 1 du FOSDEM (plus grosse conférence sur le Libre/Open Source en Europe)

Logiciel libre partout, libertés numériques nulle part ?

202x : le libre continue d’être phagocyté par les GAFAMs

  • Chromium/Chrome et Android sont des logiciels libres, pierres angulaires de l’empire Google
  • Firefox est financé à 90% par Google

    • ?!?!?
    • Un logiciel « libre » ? Les devs de Mozilla sont-iels « libres » de coder n’importe quel fonctionnalité ?
    • Pourtant un enjeu énorme en terme d’évolution des règles/fonctionnement du web
  • Amazon qui abuse de MongoDB sans contribuer en retour (1, 2)

    • Planche à billet pour Amazon sous forme de SaaS
    • MongoDB et Elasticsearch contre-attaquent en créant la license SSPL (Server-Side Public License, un genre de AGPL hardcore)
    • … pas considérée comme libre
    • → échec et mat, soit le grand capital exploite “les communs”, soit restreindre l’usage (liberté 0) = ÇéPaLibre™
  • Microsoft entraîne son IA sur les bases de code hébergées sur GitHub

L’enlisement dogmatique : l’épisode de la charte CHATONS

Zone grise : recréer de l'interopérabilité peut nécessiter des briques propriétaires !! ... ??

Schisme

  • Librisme puriste dogmatique : *100%* de libre et puis c’est tout, quitte à exclure des usages, des cas légitimes, des collectifs …
  • Informatique émancipatrice : logiciel libre ni suffisant, (ni nécessaire?), à équilibrer avec le pragmastisme et la finalité, approche plus générale …
→ 3~6 mois d'énergie bénévole engloutie, le collectif CHATONS qualifié de "propriétaire", ça a pris des proportions dingues ...

Le logiciel libre : une lutte obsolète

  • Le logiciel libre a été inventé il y a 40 ans
  • Pas vraiment de remise en cause ou d’évolution depuis, malgré le zbeul des 20 dernières années


En réalité, si demain le code de Facebook ou Twitter était publié sous licence libre
grosso-modo ça ne change rien aux enjeux de société

  • Gouvernance : c’est Facebook / Twitter qui choisi comment évolue son code / les “règles du jeu”.
    • Fais une PR si tu veux, elle sera pas intégrée
  • Effet réseau : tu peux forker / monter ton propre Facebook si tu veux, y’aura personne dessus
  • Centralisation, monétisation de la vie privée, surveillance généralisée : si c’est centralisé et que ça grossit, ça finira par être corrompu par l’argent et le pouvoir
  • Impunité : code ouvert ou pas, on sait que les GAFAMs ne sont pas en danger malgré tous les scandales déguelasses


Chrome(ium) et Android sont libres, ça n'enlève pas de pouvoir à Google, au contraire
Certains outils / briques libres viennent de Meta ou Twitter : Bootstrap, React, Docusaurus, ...

« Free Software, Free Society », vraiment mec ?

Radier des chômeurs avec des e-mails envoyés sur Thunderbird, refuser un traitement avec un classeur LibreOffice Calc, ça n’améliore rien.

Que notre police raciste tue sans forme de procès puis saisisse son rapport sous Linux ne la rendra pas moins raciste.

La vidéosurveillance ne me rendra pas la vie plus douce si je sais que tout est sauvegardé sur un serveur auto-hébergé et regardé sur VLC installé sur Manjaro.

Dans une société raciste, capitaliste, sexiste et réactionnaire sur tous les domaines, tout reste pourri et amer, même s’il y a Tux sur le fond d’écran. Elon Musk vous paraîtrait-il plus sympathique s’il était un fervent admirateur des licences GPL ? Quid de son IA Open Source?

(copypasta de À quoi servent les libristes -- Cyphergoat.net)

« Oui non mais c'est parce que le logiciel libre est neutre,
on peut pas restreindre l'usage, c'est une pente glissante ! »

→ Ok mec, perso j’ai pas envie de rester neutre face au bruit des bottes.
Dans un an on peut avoir l’ED au pouvoir et toi tu … installes Coreboot et organise des TupperVim ?

L'imposture du logiciel libre



More like « Free Software, Free Les Ingés de la Silicon Valley », amirite?

Le logiciel libre est une lutte obsolète,
et pourtant cache la forêt de l'émancipation numérique

Qu'est-ce qu'on
défend
vraiment ?

Qu’est-ce qu’on défend vraiment ?


Si le logiciel libre est juste une facette d'une lutte plus large,
comment la définir ?


  • Décentralisation d'internet
  • Chiffrement bout en bout
  • Respect de la vie privée
  • Gouvernances horizontales
  • FAI associatifs
  • Dénoncer la technopolice, PRISM/5EYES ...
  • Interopérabilité
  • Transparence de la technique
  • Accessibilité, inclusivité
  • Sobriété technologique, anti-obsolecence
  • Consentement
  • ...



→ Quel dénominateur commun ?

Qu’est-ce qu’on défend vraiment ?


Si le logiciel libre est juste une facette d'une lutte plus large,
comment la définir ?


  • Décentralisation d'internet
  • Chiffrement bout en bout
  • Respect de la vie privée
  • Gouvernances horizontales
  • FAI associatifs
  • Dénoncer la technopolice, PRISM/5EYES ...
  • Interopérabilité
  • Transparence de la technique
  • Accessibilité, inclusivité
  • Sobriété technologique, anti-obsolecence
  • Consentement
  • ...



→ Quel dénominateur commun ?

Lutter contre les rapports de domination
véhiculés par la technologie / les outils

L'émancipation,
l'horizontalité, l'auto-détermination

Dis-donc ça ressemble furieusement à la définition de "libertaire" ou "anarchisme"

Le cyber-anarchisme

(Non l’anarchisme c’est pas le chaos ni poser des bombes dans le métro, merci CNews et BFMTV…)

Wikipédia :

Le projet libertaire ou anarchiste a pour but de développer une société sans domination et sans exploitation, où les individus-producteurs s'associent et coopèrent librement dans une dynamique d'autogestion, de fédéralisme et de liberté politique par la démocratie directe organisée autour du mandatement impératif.

Appliqué à l’informatique, au numérique, aux technologies, ça donne :

(Le télé-communisme ? le techno-libertarisme ?)

le cyber-anarchisme, voire même ✨ le cyber-LGBTQIACABnarchisme ✨

La critique des rapports de pouvoir véhiculés par la technologie / les outils,
la réappropriation, l'émancipation, la construction d'outils au travers de dynamiques horizontales...


Étape 1

Renommer les JDLL en

✨ Journées de l’Émancipation Technologique et De l’Anarcho-Informatique-Libertaire ✨

(JÉTD'AIL)

ou bien

✨ Congrès de l’Informatique Anarchiste ✨

(CIA)

ou bien

✨ Congrès du Numérique et de l’Informatique Libertaire ✨

(CNIL)

Converger avec les autres luttes

Y’a milles trucs à apprendre avec les autres camarades

  • Comment créer des espaces inclusifs (IRL ou online)
  • Techniques d’éduc pop
  • Méthodes d’accueil, d’animation, d’organisation de communauté, intelligence collective
  • Savoir prendre soin des collectifs
  • Savoir communiquer avec le public
  • Enjeux écologiques
  • Théories politiques
  • Comprendre de quoi les gens ont vraiment besoin en terme d’outils ou fonctionnalité, sur le terrain
  • Comprendre en quoi les outils qui existent n’y répondent pas
Voir aussi : Dépasser le fonctionnement en silo : la "tragédie du LSD", Libre, Solidaire et Durable

Fuck le mépris techno-solutioniste

L’émancipation numérique est une question systémique, bien au dela des aspects purement “logiciels” ou “techniques” …

  • « Les gens sont cons d’utiliser Whatapp alors que y’a Signal »
    • Oui bah en fait, quitter Whatsapp ça peut vouloir dire se couper de sa famille. Se couper de sa famille, ça rend libre ?

  • « LoL t’utilises Google/Windaube/un Mac, c’est pas bien »
    • Oui bah, en fait, si c’était facile de quitter une hégémonie, le problème n’existerais pas
On émancipera personne à grand coup d'injonctions techno-solutionistes culpabilisantes.

C’est juste une manière de faire l’autruche sur tout un pan du problème, et se placer au dessus des autres.

Lutter, c’est collectif

  • « Moi j’auto-héberge mes mails »

    • Génial, mais si tout le reste de la société utilise GMail, Google aura quand même tes e-mails
  • « T’as qu’à faire pareil, il suffit d’utiliser Docker, c’est facile »

    • En fait, non, c’est pas facile, t’es juste un mec blanc ingénieur auto-didacte qui baigne dans l’informatique
  • « Le gouvernement censure mais moi je sais utiliser un VPN et changer mes DNS »

    • Tant mieux pour toi, quid des 99.99% restant de la population ?



Si seulement toi et tes potes ingénieurs savent s'émanciper,
c'est pas de l'émancipation,
c'est juste de la techno-branlette entre privilégiés

Check tes privilèges

Profil typique du libriste : homme blanc hétéro cisgenre, jeune, valide, bac+5 / auto-didacte, né en Occident

→ À quel point tu crois pouvoir être subversif et créer un alternumérisme émancipateur,
quand toi-même tu fais parti du top 0.1% des privilégiés à l'échelle mondiale ?

  • 5-10% de femmes dans le logiciel libre (~1% dans Debian), contre ~20% dans l’informatique en général
  • LinuxFR qui s’enflamment au moindre point médian, soudaine empathie pour les personnes dyslexiques
  • 32 libristes qui sortent du bois dès que ça parle de faire un événement en non-mixité / mixité choisie
    • ex. LUGate @ Strabourg : réaction sur la ML du LUG pour l’atelier Cybercabanes par Hackstub/Hacqueen en 2022
  • Des témoignages à la pelle de personnes qui se sentent pas légitimes, ou de l’effort que ça demande de s’intégrer dans un tel milieu
  • « Oh non y’a un drapeau trans dans mon interface, pourtant la technologie devrait rester neuuuuuutre »

Apparament, “afficher un drapeau trans le 31 mars” = “pousser une idéologie politique” (au secours) 🤦

Check tes privilèges

Profil typique du libriste : homme blanc hétéro cisgenre, jeune, valide, bac+5 / auto-didacte, né en occident

→ À quel point tu crois pouvoir être subversif et créer un alternumérisme émancipateur,
quand toi-même tu fais parti du top 0.1% des privilégiés à l'échelle mondiale ?

  • 5-10% de femmes dans le logiciel libre (~1% dans Debian), contre ~20% dans l’informatique en général
  • LinuxFR qui s’enflamment au moindre point médian, soudaine empathie pour les personnes dyslexiques
  • 32 libristes qui sortent du bois dès que ça parle de faire un événement en non-mixité / mixité choisie
    • ex. LUGate @ Strabourg : réaction sur la ML du LUG pour l’atelier Cybercabanes par Hackstub/Hacqueen en 2022
  • Des témoignages à la pelle de personnes qui se sentent pas légitimes, ou de l’effort que ça demande de s’intégrer dans un tel milieu
  • « Oh non y’a un drapeau trans dans mon interface, pourtant la technologie devrait rester neuuuuuutre »

Apparament, “afficher un drapeau trans le 31 mars” = “pousser une idéologie politique” (au secours) 🤦

L’écologie, bah c’est un sujet aussi

(idée de visuel volée à Louis Derrac)
→ Tout ça a des implications concrètes en terme de matériel acheté par les gens, donc fabriqué, donc miné
et en terme de "qui dans le monde peut effectivement utiliser ces logiciels"

Le logiciel libre comme technocratie / do-ocratie

Le logiciel libre comme technocratie / do-ocratie

“T’as qu’à contribuer”, “T’as qu’à faire une PR”

Firefox Ideas

Le logiciel libre comme technocratie / do-ocratie

Les 4 libertés du logiciel libre (en tant que dev qui a du temps et de l'énergie) :
  1. utiliser
  2. étudier
  3. redistribuer
  4. améliorer

Le logiciel libre comme technocratie / do-ocratie

Les 4 libertés du logiciel libre en tant qu'utilisateur⋅ice :
  1. utiliser
  2. étudier
  3. redistribuer
  4. améliorer
(Funfact : les premières définitions du logiciel libre n'incluaient même pas la liberté 0 ...)
En terme de base pour l'émancipation, on a vu mieux...

Le logiciel libre comme technocratie / do-ocratie

Technocratie: Manière de gouverner qui consiste à donner le pouvoir à ceux qui ont des compétences techniques


Do-ocratie: Organisation dans laquelle les individus ont du pouvoir à la mesure de ce qu'ils font, des tâches qu'ils choisissent et exécutent de manière autonome.
Des formes d'organisation / gouvernance qui ont leur avantages ... et aussi leurs limites.

Surtout quand celle⋅eux qui sont impacté⋅es ne peuvent pas nécessairement “faire”…

Ça ressemble vachement à une domination au travers d’un outil …

Déconstruire la culture techno-élitiste

Les libristes :

  • « T’as qu’à contribuer »
  • « Pour que les gens s’émancipent, il faut qu’iels sachent coder, utiliser la ligne de commande etc. »
  • « Docker c’est facile » (bah non en fait)
  • « Tu devrais plutôt utiliser BSDFromScratch avec NixPkgs sur un kernel Hurd, j’ai ça pour le cluster Kubernetes de mon site web »

Mais ça va plus loin, les utilisateurices elleux-même ont internalisé l’élitisme :

  • « Moi je suis nul·le en informatique »
  • « Je suis noob, j’utilise l’interface graphique plutôt que la ligne de commande »
  • “L’outil a forcément raison” (Anecdote Valérie de la compta de Coopaname : « Ça me dit que j’ai pas le droit, donc c’est que j’ai pas le droit » Spoiler: elle aurait dû, en fait, avoir le droit)



De manière générale, l'informatique est vécue comme magique

et sutout, les personnes se disent non-expertes (voir s’auto-flagellent), donc non-légitime à critiquer / remettre en question l’outil

Être prolétaire vs Être artisan

Les outils informatiques sont des outils de production

Ils définissent certaines règles de la société (ex. plateformes sociales)

ou comment faire son métier (ex. logiciel de comptabilité) (voir aussi Code is law – Lawrence Lessig)

L’outil conditionne la manière qu’on a de l’utiliser, de travailler, de penser

  • Avoir juste le droit d’utiliser l’outil, et sans la légitimé de le critiquer, c’est être prolétaire de l’informatique
  • C’est accepter de s’adapter à un outil qui n’est pas adapté
  • C’est accepter la souffrance engendré par l’outil
  • C’est nier l’expertise qu’on a sur l’utilisation et le besoin
Les premières personnes à savoir comment un outil devrait fonctionner,
ce sont les personnes qui l'utilisent.

S'émanciper c'est avoir le pouvoir sur son outil : être artisan,
comprendre comment il fonctionne,
et savoir dire comment il devrait fonctionner


Étape 1

Fuck le techno-élitisme


C’est mon outil de travail

Je sais comment je l’utilise, j’ai le droit de savoir comment il fonctionne

Je suis pas dev, mais j’ai le droit d’avoir un regard critique sur mon outil

Je suis pas dev, mais je suis légitime à dire comment je pense qu’il devrait fonctionner

Je suis pas dev, mais j’ai le droit de m’attendre à ce que mon avis soit pris en compte

C’est pas aux humain·es de s’adapter à l’outil

C’est à l’outil d’être adapté aux les humain·es

Faire société : le pouvoir aux utilisateur⋅ices

  • Croire que les gens vont s’émanciper en les transformant en développeur⋅euse est une vision libérale, individualiste, complètement perchée
  • L’émancipation, c’est collectif, ça demande de travailler ensemble, de faire société
  • Les utilisateur⋅ices devraient avoir le pouvoir sur l’outil, au travers des développeur⋅euses
  • Les développeur⋅euses ne peuvent pas être des bénévoles qui échangent leur temps libre contre du pouvoir
  • (Pour que tout ça arrive, encore faut-il que les users se sentent légitimes, et que les devs soient proactifs…)
  • (Mais est-ce que tout ça peut exister dans un monde capitaliste ?)

Arrêter de sacraliser la technique, et plutôt sacraliser l’humain


Les plateformes de dev actuelles sont centrées sur la technique :
le code, les issues, les PR, les pipelines

Quid de plateformes qui seraient centrées sur
les usages, les besoins, les retours d’expérience, le design, prendre des décisions collectivement, … ?


(Toute une culture à inventer…)

Arrêter de faire l’autruche sur le modèle économique

  • Le plus gros coût d’un projet, ce n’est pas son développement, c’est le travail invisible de maintenance
    • (tiens-donc ça rappellerait pas les luttes féministes ça ?)
  • Au diable la logique “projet”
  • Certains outils sont tellement essentiels qu’ils devraient être financés au même titre qu’un service public

Conclusion

Le logiciel libre né il y a 40 ans. Il est obsolète politiquement. Depuis 10-15 ans au moins. (Allo)

Le logiciel libre, la social-démocratie (social-technocratie?) numérique ?

  • Pas censé être une finalité en soi, juste un marche-pied vers des “vrais communs”
  • À trop accepter d’être copain ou phagocyté par le capital / les GAFAMs, il n’y a plus aucune substance politique ou émancipatrice
  • Dominé par les mecs blancs cis hétéro, une bonne partie à côté de la plaque sur les questions de genre, d’antivalidisme, d’inclusivité… “La technologie est neutre” (au secours)
  • Les oeillères de la pureté militante stérile empêchent d’avancer (… cf. SSPL, schisme autour de la charte CHATONS, licences post-libres, …)

Il est grand temps de trouver un autre ancrage (une charte ?..) pour un alternumérisme “éthique”, “convivial”, “bienveillant”, inclusif, écolo, acceptable, bienveillant, émancipateur, libertaire, …

  • gouvernance transparente, horizontale, collective, avec les utilisateur⋅ices
  • respect de tous les humains impactés
  • accessible, internationalisé, …
  • soutenable, utilisation raisonnable des ressources
  • sans interfaces trompeuses ou autre fonctionnalités toxiques

De l’argent ? 👏👏👏🎵 Il y’en a ! 👏👏👏🎶 Mais il est fléché vers l’IA ! 👏👏👏🎵

URL des slides : link.infini.fr/imposture2026

Références (1/2)

Références (2/2)

Quelques exemples de licences post-libre

Discussion générale: